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Auteur : Edwin Obiero, responsable de la mise en œuvre chez LIFE-AR
Lors de la COP30 à Belém, au Brésil, l’adaptation au changement climatique a enfin occupé le devant de la scène. Les négociateurs ont salué un engagement historique : tripler les financements consacrés à l’adaptation d’ici 2035. Pour beaucoup, cela a constitué une avancée majeure. Pourtant, pour les pays les moins avancés (PMA), cette annonce avait un goût doux-amer. Car si les chiffres semblent impressionnants, la véritable question demeure : ces fonds parviendront-ils jusqu’aux communautés qui subissent déjà les conséquences des perturbations climatiques ?
Le rapport du PNUE sur le déficit d’adaptation avait donné le ton avant la COP30, en avertissant que les flux financiers consacrés à l’adaptation restaient à un niveau extrêmement bas. En 2023, les pays développés n’ont débloqué que 26 milliards de dollars de financements publics, ce qui est bien en deçà de l’objectif du Pacte de Glasgow pour le climat, qui vise à doubler les financements destinés à l’adaptation pour les porter à 40 milliards de dollars d’ici 2025. Plus frappant encore, les pays en développement auront besoin de 310 à 365 milliards de dollars par an d’ici 2025 pour répondre à leurs besoins en matière d’adaptation. Dans ce contexte, tripler les financements d’ici 2035 semble être un progrès, mais un progrès trop lent.
Pour les PMA, la question ne se limite pas au montant des engagements financiers, mais porte tout autant sur leur destination et sur les instances qui en décident, en supposant bien sûr que ces engagements soient honorés. Trop souvent, le financement climatique reste bloqué au niveau national ou international, et seule une infime partie parvient aux acteurs locaux qui sont pourtant les mieux placés pour agir. Une nouvelle étude s’appuyant sur la base de données de l’OCDE relative au financement climatique pour la période 2016-2023 montre que l’impact local ou la participation locale n’ont été mentionnés que dans des transactions représentant moins d’un tiers (29 %) du financement total – et que seulement 0,17 % des transactions ont utilisé les termes « mené localement » ou « mené par la communauté » sur ces huit années. C’est pourquoi les PMA, par le biais de l’initiative LIFE-AR, ont défendu le principe 70:30 : d’ici 2030, au moins 70 % du financement climatique devrait être acheminé vers le niveau local, et pas plus de 30 % réservé aux systèmes nationaux et à la coordination. Des enseignements sur la mise en œuvre de ce principe commencent à se dégager dans l’ensemble des PMA.

La mise en œuvre de ce principe n’est pas simple ; elle prend des formes différentes selon les pays. Le Burkina Faso, fort de plusieurs décennies d’expérience en matière de décentralisation, alloue des fonds aux communes, des collectivités autonomes qui gèrent déjà le développement local. L’Ouganda, en revanche, définit le « local » au niveau de la paroisse – une structure administrative regroupant en moyenne 6 à 7 villages – et met en place des comités paroissiaux sur le changement climatique afin de renforcer la planification à la base. L’Éthiopie a donné la priorité aux investissements dans les infrastructures en accord avec les priorités des communautés, tandis que le Malawi a commencé par une répartition 60/40, renforçant progressivement les capacités des collectivités locales en matière de gouvernance des financements climatiques avant d’atteindre, au fil du temps, une répartition de 70/30.
Ces exemples montrent que la notion de « local » dépend du contexte. Mais ils démontrent également que les pays les moins avancés n’attendent pas la mise en place de systèmes parfaits : ils testent, apprennent et s’adaptent.
Si 70 % des fonds sont alloués aux communautés, les 30 % restants servent à renforcer la mise en œuvre du programme en soutenant la coordination, le suivi, l’évaluation, l’intégration de la dimension de genre et l’apprentissage. Pour de nombreux PMA, c’est là que les contributions en nature des pouvoirs publics – telles que le temps de travail du personnel, les locaux et les véhicules – ont contribué à la mise en œuvre de LIFE-AR, en complément des 30 % alloués, afin de renforcer l’appropriation et l’institutionnalisation du programme. Le principe ne consiste pas à compromettre la qualité du programme, mais à garantir que le financement climatique soit investi en soutien aux investissements des communautés afin de renforcer leur capacité d’adaptation et leur résilience à long terme, tout en assurant l’efficacité et l’optimisation des ressources.
Les pays chef de file de LIFE-AR démontrent que le principe 70/30 est bien plus qu'un simple pourcentage : il s'agit d'une véritable voie vers la transformation du financement de la lutte contre le changement climatique. Les enseignements qu'ils en tirent mettent en évidence quatre dimensions :

Le message des PMA lors de la COP30 était clair : tripler le financement de l’adaptation est une bonne chose, mais ce n’est que la moitié du chemin. Sans mesures délibérées visant à garantir que les fonds parviennent au niveau local, cette promesse risque de n’être qu’un autre titre de presse sans impact concret. Les chefs de file de l’initiative LIFE-AR, premiers à avoir adhéré à cette initiative et à la mettre en œuvre, ne se contentent pas de tester un principe d’allocation financière ; ils démontrent également si l’architecture internationale du financement climatique peut véritablement passer d’un « statu quo » à une « approche innovante ». Les éléments dont on dispose à ce jour suggèrent que c’est possible, mais seulement si l’on reconnaît que le chemin pour y parvenir sera chaotique, spécifique à chaque contexte et non linéaire. Dans ce contexte, une voie « innovante » implique de placer les communautés au centre, d’instaurer la confiance dans les systèmes locaux et exige que le financement de l’adaptation soit à la fois suffisant en quantité et prévisible en qualité. Alors que les risques climatiques s’intensifient, le monde ne peut pas se permettre de rester indécis. Tout retard ne fait qu’alourdir les coûts futurs de l’adaptation.
Le principe 70/30 n’est pas seulement un objectif, c’est un changement de paradigme audacieux et délibéré qui redéfinit les notions de justice, d’équité et d’efficacité. Un critère puissant que nous pourrions utiliser pour mesurer les progrès accomplis. Et si la communauté internationale y prête attention, les PMA pourraient bien démontrer que le financement de l’adaptation peut aller au-delà des simples chiffres. Il peut constituer la bouée de sauvetage qui donne aux communautés les moyens de prospérer dans un climat en mutation.