
Le premier webinaire du consortium Africa4Resilience a réuni plus de 80 participants à l'occasion du premier débat à l'échelle du continent africain sur la portée des conclusions de la COP30 à Belém. Organisée par les partenaires d'Africa4Resilience, à savoir TrustAfrica, PACJA, l'African Climate Foundation et LIFE-AR, cette session a mis en lumière à la fois les progrès accomplis et les défis persistants dans la transition climatique de l'Afrique.
La discussion a été introduite par Beatrice Hazeldine Makwenda (TrustAfrica), coordinatrice d'Africa4Resilience, et la table ronde a été animée par Wole Hammond (African Climate Foundation).
Le Dr Ebrima Sall, de TrustAfrica, a exposé l'urgence de la situation :
« Partout en Afrique, les communautés sont déjà confrontées aux réalités concrètes du changement climatique : inondations, sécheresses, déplacements de population et vulnérabilités économiques croissantes. Ce sont ceux qui contribuent le moins aux émissions mondiales qui subissent certains des impacts les plus lourds. »
Il a souligné qu'aucune institution ne pouvait à elle seule mener à bien la transformation nécessaire, mettant en avant l'approche unique d'Africa4Resilience, qui met l'accent sur les organismes africains de redistribution des subventions, considérés comme des « ponts entre les ressources mondiales et les réalités locales ».
Les 59 indicateurs de l’Objectif mondial d’adaptation (GGA) adoptés à Belém ont suscité un optimisme prudent chez Kulthoum Motsumi (Initiative africaine pour l’adaptation), au nom du Groupe des négociateurs africains. Tout en se félicitant du retour des dispositions relatives au financement, elle a mis en garde contre le risque que le GGA ne devienne qu’un simple exercice de reporting :
« Nous ne voulons pas établir des rapports sans raison. Nous voulons le faire parce que cela permettra concrètement de passer à l'action et d'obtenir davantage de ressources. »
Il est urgent que les pays et les organisations africains s'appuient sur ces indicateurs, car ceux-ci peuvent constituer un outil utile pour mettre en évidence les coûts élevés de l'inaction face au changement climatique.
Eugene Nforngwa, de l'Alliance panafricaine pour la justice climatique (PACJA), a insisté sur la nécessité de redéfinir la « transition juste » de l'Afrique. « L'Afrique ne passe pas d'une économie à forte intensité de carbone à une autre. Elle passe d'une économie à faible intensité de carbone, mais aussi d'une situation de précarité énergétique », a-t-il fait valoir.
Son message était sans appel :
« Les discours sur la transition juste à l'échelle mondiale, si nous ne les adaptons pas au contexte africain, pourraient involontairement devenir des instruments d'injustice en Afrique en limitant les voies de développement sans proposer d'alternatives viables. »
Il a appelé à ce que la transition de l'Afrique soit i) axée sur la protection et l'amélioration des moyens de subsistance, ii) ancrée dans les secteurs productifs afin de créer des emplois et des chaînes de valeur, et iii) favorable à l'essor des industries nationales à travers le continent —
« une transition vers la prospérité, et non une transition visant à abandonner les énergies fossiles. »
Edwin Obiero, de LIFE-AR, a mis en avant la crise du financement de l'adaptation : alors que l'engagement pris à Glasgow de doubler le financement de l'adaptation pour le porter à 40 milliards de dollars n'a toujours pas été tenu, la promesse faite à Belém de le tripler pour atteindre 120 milliards de dollars soulève des inquiétudes quant au mélange de sources publiques et privées pour les PMA déjà lourdement endettés. Plus grave encore,
« Si 18 % du montant total alloué à l'échelle mondiale parviennent aux pays les moins avancés, seuls 10 % des fonds reçus sont effectivement acheminés au niveau local. Il s'agit donc d'un problème vraiment grave, car c'est là que se situent les besoins. »
La qualité du financement est également un facteur important : pour l'adaptation, les pays ont besoin de fonds à long terme, systémiques et prévisibles, plutôt que d'un soutien ponctuel et sectoriel.
Cette session a mis en évidence une distinction essentielle : l’Afrique maintient une position commune depuis 20 ans, mais ne dispose pas d’une stratégie commune. Alors que le continent se prépare à la COP32 qui se tiendra à Addis-Abeba en 2027, l’appel est clair : passer des cadres théoriques à l’action, des espoirs de solidarité mondiale à la construction d’une solidarité africaine, et d’efforts dispersés à une action collective stratégique.
Ce webinaire était le premier de la série « Africa Resilience Dialogues ». Ne manquez pas le prochain webinaire, prévu en mai, qui portera sur les interventions au niveau national.